​ Plaimpied-Givaudins, ancienne abbatiale Saint-Martin ​- ​Inscription obituaire pour Arnoul  ​  ​


Plaimpied-Givaudins, ancienne abbatiale Saint-Martin ​- ​Inscription obituaire pour Arnoul

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. 26, nº164 ​  ​


Description générale

Inscription obituaire pour Arnoul, prêtre et chanoine. 
Bloc. ​ Pierre.  Dimensions de la pierre : 29x 13cm. Hauteur des lignes : 2,7 cm. Double réglure : 0,3 cm. État de conservation : assez bon. Pierre déplacée. Provenance : mur extérieur sud de l’église, à l’emplacement du cloître. ​ Localisation actuelle : intérieur, nef, mur sud, troisième travée. Cette pierre est protégée au titre des Monuments Historiques (elle a été classée au titre objet le 18/09/1908, référence : PM18000299).Inscription gravée en creux.
Datation : milieu XIIe siècle [par l’analyse paléographique].

Bibliographie

Texte d’après l’original vu en place le 13 juin 2012.
Buhot de Kersers, « Inscriptions murales de l’église de Plaimpied », 1886-1887, p. 42 [texte avec variantes] ; Roffignac, Guide-album de l’église Saint-Martin de Plaimpied, 1928, p. 15 [texte incomplet] ; Buhot de Kersers, Statistique monumentale du Cher, 1977, t. V, p. 83-84 pl. VI, fig. 1 [texte et illustration] ; Petit, Abbatiale Saint-Martin de Plaimpied, 2005, p. 6 [illustration].

Description paléographique

Disposition horizontale, sur trois lignes. Réglures horizontales doubles sauf la première, réglure verticale simple à gauche et double à droite. Cadre et lignes tracées à l’avance. Hauteur de la première lettre : 2,8 cm. Écriture régulière, mélange de capitales et d’onciales (le M, le premier N de canonicus, les T de augusti et de et, le second U de augusti), tracé fin, pleins et déliés marqués, présence d’empattements. A à traverse brisée et plateau débordant, O en navette. Abréviations : par contraction signalée par le L barré pour kalendas, par un tilde au-dessus de C pour sacerdos, par élision de la finale -us signalée par une apostrophe dans canonicus, par réduction à l’initiale grâce à un S barré pour Sancti. Ponctuation par trois ou quatre points verticaux sauf dans la date et entre sancti et Martini. Jeux de lettres : conjonctions de K et L dans kalendas, A et V dans augusti, N et V dans Arnulfus, enclavement du I dans le B de obiit, de V dans le F d’Arnulfus. Nombreuses lettres ornées grâce à des enroulements ou des tracés doublés avec des lignes arrondies, des volutes.





Édition imitative


1 ​IIII ​KL ​AVGVSTI ​⁝ ​OBIIT ​: ​
2 ​ARNVLFVS ​⁝ ​SAC̅DOS ​⁝ ​ET ​
3 ​CANONIC ​⁝ ​S ​MARTINI ​

1 ​IIII ​Kƚ ​AVGUSꞆI ​⁝ ​OBIIT ​: ​
2 ​ARNVLFVS ​⁝ ​SAC̅DOS ​⁝ ​EꞆ ​
3 ​AONIC ​⁝ ​Ꞩ ​ARTINI ​

1 ​IIII ​Kƚ ​AVGUSI ​⁝ ​OBIIT ​: ​
2 ​ARNVLFVS ​⁝ ​SAC̅DOS ​⁝ ​E ​
3 ​AONIC ​⁝ ​ ​ARTINI ​

Légende

Violet : caractères allographes.



1 ​IIII ​ ​AVGUSꞆI ​⁝ ​OBIIT ​: ​
2 ​ARNVLFVS ​⁝ ​SAC̅DOS ​⁝ ​EꞆ ​
3 ​AONIC ​⁝ ​ ​ARTINI ​

Légende

Bleu : mot abrégé.
Violet : signe d'abréviation.



1 ​IIII ​ ​AVGUSꞆI ​⁝ ​OBIIT ​: ​
2 ​ARNVLFVS ​⁝ ​SAC̅DOS ​⁝ ​EꞆ ​
3 ​AONIC ​⁝ ​Ꞩ ​ARTINI ​

Légende

Bleu : enclavement.
Orange : conjonction.
Violet : entrelacement.



1 ​IIIIKƚAVGUSꞆIOBIIT:
2 ​ARNVLFVSSAC̅DOSEꞆ
3 ​AONICꞨARTINI

Légende

Représentation des espaces entre les lettres tels qu'ils sont dans l'inscription.
Violet : signalement des figures qui s'interposent avec le texte.



Édition normalisée

IIII ​k(a)l(endas) augusti obiit Arnulfus sac(er)dos et canonic(us) S(ancti) Martini.

Traduction

Le 4 des calendes d’août [29 juillet], mourut Arnoul, prêtre et chanoine de Saint-Martin.

Commentaire

Si ce texte est tout à fait semblable aux autres de la série par son contenu obituaire, il s’en détache par la qualité de sa réalisation, qui fait de cette plaque la plus belle de l’ensemble. Le graveur fait montre d’une véritable maîtrise graphique. L’écriture est très ornée et recherchée ; beaucoup de lettres sont traitées à la façon des lettrines de manuscrit, comme le A et le G de la première ligne, ou le M de Martini. Arnoul, le chanoine défunt, n’est pas connu par ailleurs.


157-170 : Ensemble des inscriptions de l'abbatiale

Située à une dizaine de kilomètres au sud de Bourges, l’abbaye Saint-Martin était une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin, fondée vers 1080 par l’archevêque de Bourges Richard II (1071-1093). L’église a été construite entre les dernières années du XIe siècle et le milieu du XIIe siècle. L’abbaye connaît un fort développement au cours du XIIe siècle. Le chapitre affirme son indépendance en élisant librement son premier abbé en 1100, tout en restant sous la juridiction ordinaire de l’archevêque de Bourges, et le roi Philippe Ier remet aux chanoines les droits seigneuriaux du territoire entourant l’église. Une bulle de Pascal II datée de 1110 confirme la possession de vingt-trois églises dans le sud-est du diocèse[1].


La série d’inscriptions obituaires replacées dans le mur sud de la nef provenait du cloître. L’ensemble gravé évoque un obituaire manuscrit. On trouve de tels obituaires lapidaires par exemple en Charente dans l’ancien prieuré de Marcillac-Lanville[2]. La paléographie de l’ensemble de Plaimpied-Givaudins présente des traits originaux, notamment dans l’utilisation qu’elle fait des points, non comme élément de ponctuation, mais dans l’écriture même de la lettre. Des parentés graphiques entre une charte-chirographe de l’abbaye datée entre 1129 et janvier 1136 et les inscriptions ont été trouvées[3] ; elles inciteraient à penser qu’un copiste a travaillé à la gravure des épitaphes ou, du moins, qu’une culture graphique spécifique à cette abbaye était présente. Certains noms des signataires de cette charte (Umbertus, Radulfus, Giraudus) sont aussi ceux de chanoines défunts inscrits dans la pierre. La conjonction de ces indices incite à dater l’ensemble de la série dans le deuxième quart du XIIe siècle, ou plus largement au milieu du XIIe siècle.


L’ordre dans lequel sont présentées les inscriptions reprend celui de leur localisation actuelle dans le mur (de haut en bas et de gauche à droite). À côté de cette série, une dalle de grande taille se démarque, en offrant une sculpture et deux inscriptions d’une grande qualité plastique qui n’est pas sans rappeler le chapiteau de la Tentation. C’est par elle que débute la présentation de l’ensemble épigraphique de Plaimpied-Givaudins ; elle se clôt sur des textes de fonction et de supports très différents (chapiteaux, cloche).




[1] Sur l’histoire de l’abbaye, nous renvoyons à l’article récent de Neil Stratford, qui, tout en étant centré sur le chapiteau de la Tentation, fournit une ample bibliographie (Stratford, « Le chapiteau de la Tentation du Christ à Plaimpied revisité », 2015).
[2] CIFM, I-3, n°30-55 Charente, p. 48-54, pl. XV-XVI, fig. 29-32.
[3] Arch. dép. Cher, 58 H 9 (Buhot de Kersers, Statistique monumentale du Cher, V, 1977, p. 132-133) ; voir aussi Gandilhon A., Catalogue des actes des archevêques de Bourges antérieurs à 1200 , Bourges - Paris, 1927, p. 70-71 ; Stratford, « Le chapiteau de la Tentation du Christ à Plaimpied revisité », 2015, p. 313).