​ Pussigny, cimetière ​- ​Inscription funéraire pour Lupicina  ​  ​  ​  ​


Pussigny, cimetière ​- ​Inscription funéraire pour Lupicina

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-série I, nº2 ​  ​


Description générale

Inscription funéraire à cartactère tumulaire. 
Dalle funéraire. ​ Pierre, tuffeau.  L’inscription est gravée à la pointe, de manière assez légère, sur une plaque de tuffeau très tendre (31 cm de large et 20 cm de haut pour 4 d’épaisseur). L’inscription semble complète ; elle est fragilisée par la surface très savonneuse de la pierre qui s’effrite au moindre frottement. Le texte ne se développe qu’en partie basse, peut-être pour éviter des défauts de la pierre. Pièce conservée dans les réserves de la Société archéologique de Touraine sous le n° d’inv. 910.004.001. La provenance notée dans le cahier d’inventaire[1] est erronée : cette pierre est en effet signalée par L. Dubreuil-Chambardet comme trouvée à Pussigny, « à côté » d’un sarcophage, sans plus de précicion. Sa taille et sa fragilité suggèrent toutefois qu'il s'agit d'une endotaphe, destinée à accompagner le corps à l'intérieur de la sépulture, et non à être exposée sur ou à proximité de la tombe.
Datation : VIIIe siècle ? [datation paléographique].

Bibliographie

Lecture d’après l’original (vu en place en 2002).
Dubreuil-Chambardel, « Notes sur le cimetière de Pussigny », 1910, p. CXXXV [texte] ; Treffort, « Alcuin, rédacteur d’inscriptions », 2004, p. 13 [photographie] ; Treffort, Mémoires carolingiennes, 2007, p. 41-42 [dessin, traduction française].

Description paléographique

Malgré un aspect assez irrégulier, l’inscription a été mise en page grâce à une réglure simple soulignée par un trait marqué. Les mots ne sont séparés ni par un espace, ni par une quelconque ponctuation. De manière assez originale, l’inscription doit se lire de gauche à droite mais de bas en haut. On ne note aucune abréviation ni aucun système de condensation des mots. L’écriture associe des capitales romaines parfois évoluées vers un type mérovingien (L avec barre descendante, M aux jambages très écartés, P et R avec une boucle supérieure remontante) et des onciales ou minuscules (tous les E, H, Q, et 2 U sur 6). On peut noter la forme caractéristique du G qui rappelle certains manuscrits de la fin de l’époque mérovingienne.





Édition imitative


[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GI ​EA ​
2 ​SECVLI ​HE ​HABITABO ​QVIA ​PRELI ​
3 ​HEC ​REQVIES ​MEA ​IN ​SECVLVM ​
4 ​LVPICINA ​HIC ​IACIT ​

[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GI ​A ​
2 ​SCVLI ​h ​hAbITAbO ​qUIA ​PRLI ​
3 ​hC ​RqUIS ​MA ​IN ​SCVLVM ​
4 ​LVPICINA ​hIC ​IACIT ​

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[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GI ​A ​
2 ​SCVLI ​h ​hAbITAbO ​qUIA ​PRLI ​
3 ​hC ​RqUIS ​MA ​IN ​SCVLVM ​
4 ​LVPICINA ​hIC ​IACIT ​

Légende

Rouge : caractères allographes.



[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GI ​A ​
2 ​SCVLI ​h ​hAbITAbO ​qUIA ​PRLI ​
3 ​hC ​RqUIS ​MA ​IN ​SCVLVM ​
4 ​LVPICINA ​hIC ​IACIT ​

Légende

Bleu : mot abrégé.
Rouge : signe d'abréviation.



[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GI ​A ​
2 ​SCVLI ​h ​hAbITAbO ​qUIA ​PRLI ​
3 ​hC ​RqUIS ​MA ​IN ​SCVLVM ​
4 ​LVPICINA ​hIC ​IACIT ​

Légende

Bleu : enclavement.
Orange : conjonction.
Rouge : entrelacement.



[Soit grâce à une lecture de bas en haut :]
1 ​GIA
2 ​SCVLIhhAbITAbOqUIAPRLI
3 ​hCRqUISMAINSCVLVM
4 ​LVPICINAhICIACIT

Légende

Représentation des espaces entre les lettres tels qu'ils sont dans l'inscription.
Rouge : signalement des figures qui s'interposent avec le texte.



Édition critique

Lupicina hic jacit. Hec requies mea in seculum seculi ; hec habitabo quia preligi ea[m].

Traduction

Ici gît Lupicina. Elle sera mon lieu de repos pour les siècles des siècles ; je l’habiterai parce que c’est elle que j’ai choisie.

Commentaire

La langue utilisée est un latin non réformé dont les variations phonétiques se retrouvent dans l’orthographe : on trouve ainsi jacit pour jacet (l. 1) ou hec pour hic (l. 3). Si l’on excepte la première ligne, qui propose un texte funéraire assez commun (Lupicina hic jacet) : le texte est une citation du psaume 132 (131), verset 14, utilisée comme antienne pour l’office des défunts[2] et pendant le rituel des funérailles, devant la sépulture ouverte[3].

On ne connaît pas cette Lupicina[4] par ailleurs et on ignore l’importance de Pussigny au haut Moyen Âge. La première attestation du cimetière de Pussigny dans la documentation écrite date de 1064[5]. Toutefois, il remonte au haut Moyen Âge, comme l'attestent les nombreuses découvertes archéologiques faites autour de l'église[6]. L’intérêt majeur de cette inscription réside dans la citation du psaume, qu’on retrouve en contexte funéraire en particulier en Italie, mais pour une période plus tardive[7], et dans le sens inhabituel de lecture, avec des lignes qui se succèdent de bas en haut. Du fait de l’usage d’une écriture en partie minuscule, qui dénote plus une habitude de scribe que de lapicide, une datation paléographique est difficile. On peut proposer avec prudence le VIIIe siècle, sans assurance toutefois.




[1] « Trouvée à côté d’un sarcophage au sud-est du cimetière près de l’église de Polligny (37) ».
[2] Corpus antiphonalium officii , ed. Ed. R.-J. Hesbert et R. Prévost , Rome, 1963-1979, t. III, n°3012.
[3] Le manuscrit le plus proche géographiquement est celui de Tours, BM, ms. 184, du début du IXe siècle, qui porte explicitement cette antienne dans l’ordo des funérailles aux fol. 340v°-341r°.
[4] Morlet, Les noms de personne, 1972, t. II, p. 72 b, l’auteur atteste un Lupicinus à Angoulême au milieu du VXe siècle. D’après Haubrichs, « Aspekte des philologischen Nachweises », 2001, p. 270, ce nom serait à rapprocher de Lopecena, présent sur un sarcophage mérovingien trouvé à Rom, dans les Deux-Sèvres.
[5] L'église, le terroir, dir. M. Fixot, E. Zadora-Rio, Ed. du CNRS , Paris, 1989, Monographie du CRA, n° 1, p. 78.
[6] Voir notamment Souty, P., « Pussigny, ancienne nécropole, ou Comment à Pussigny une grande nécropole devint un petit bourg » Bulletin de la Société archéologique de Touraine, 1967, XXXV, p. 48-49.
[7] Milan, Santa Tecla, IXe-Xe siècle : Fiorino Tedonec C., « Dati e riflessioni sulle tombe altomedievale internamente intonacate e dipinte rinvenute a Milano e in Italia settenttrionale » Atti del 10e Convegno internazionale di studi sull'alto medioevo, Milano, 26-30 sett. 1983 , Spolète, 1986, p. 403-428, tombe 3.