​ Tours, Saint-Martin ​- ​Fragments d’inscription funéraire  ​  ​  ​  ​


Tours, Saint-Martin ​- ​Fragments d’inscription funéraire

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-série I, nº16 ​  ​


Description générale

Inscription vraisemblablement funéraire. 
Dalle funéraire. ​ Pierre, calcaire.   ​ Collection du Musée des Beaux Arts, n° inv. 1990.2.20.1 et 2. Les deux fragments ont été découverts par Mgr C. Chevalier en réemploi à Saint-Martin. Longtemps conservés dans l’ex-Musée martinien, ils durent aux quatre lettres MART (formant peut-être le début de Martinus) d’être extraits de la collection pour être exposés en 1986 dans le nouveau Musée Saint-Martin, près de la basilique. Malgré leur taille modeste (resp. 23 x 19 et 17 x 17 cm), les deux fragments révèlent une très grande qualité d’exécution. Sculptés avec une parfaite maîtrise dans un calcaire blanc très fin, les caractères étaient également, selon Mgr C. Chevalier, « autrefois remplis d’un mastic très dur ». Il n’en reste malheureusement plus rien. Les deux fragments ne raccordent pas entre eux ; le premier correspond à une partie du bord droit, le second à une partie du bord gauche, sans qu’on sache à quel niveau ils étaient placés l’un par rapport à l’autre. L’épaisseur de la pierre (7 cm) laisse supposer qu’on avait affaire, à l’origine, à une plate-tombe. Cette forme est inhabituelle à Tours (du moins au regard des inscriptions conservées ou connues par la documentation érudite), tout comme la présence d’une bordure composée d’une alternance de perles rondes et losanges, elles-mêmes décorées. Manifestement, cette inscription, dont il ne nous reste qu’une infime partie[2], était exceptionnelle, y compris par sa calligraphie qui utilise deux modules de lettres, jouant avec leurs hauteurs respectives (6,5 et 1,5/2 cm) dans une même ligne d’écriture.
Datation : fin VIIIe-début IXe siècle [datation paléographique].

Bibliographie

Texte d’après l’original (vérifié en 2015).
Chevalier, « Les fouilles de Saint-Martin », 1888, p. 98 [texte] ; Vieillard-Troiekouroff, « Les sculptures et objets préromans », 1962, p. 111 [texte], fig. 32 [photo] ; Neustrie, 1985, n° 65, p. 203 ; Treffort, « Rédacteur d'inscriptions », 2004, p. 11 [photo] ; Treffort, Mémoires carolingiennes, 2007, p. 347 [mention] ; CIFM, 25, n°121, p. 137-138 [notice abrégée].

Description paléographique

Le texte a été parfaitement préparé à l’origine, mais les réglures ne sont pas apparentes. Les mots ne sont séparés ni par des espaces, ni par des signes de ponctuation. Sur la partie conservée, on n’observe aucune abréviation, mais un enclavement (I dans S l. 1) et des conjonctions (MA l. 2 du premier fragment, ER l. 3 du second), ainsi que l’intercalation de lettres de module réduit entre deux plus grandes (U et S superposés après le T l. 3 du premier fragment, U entre T et S l. 2 et l. 3 du second). Les lettres de grand module sont très élancées ; il s’agit majoritairement de capitales romaines, si l’on met à part les C carrés. On peut remarquer, pour les R, l’arrondi qui, de taille réduite, s’ancre très haut sur le fût vertical, pour les A la barre transversale qui plonge vers la droite, et pour les M les montants verticaux qui s’évasent légèrement vers le bas. Toutes ces caractéristiques rappellent, selon M. Vieillard-Troiekouroff, les tituli des manuscrits tourangeaux du temps d’Alcuin[1], dont l’ornementation est également proche. La paléographie de cette inscription se distingue très nettement du reste de la production tourangelle conservée qui, légèrement plus tardive sans doute, a adopté ensuite des formes directement inspirées des inscriptions romaines (O très ronds, module des lettres assez large). Il est sans doute trompeur de présenter, comme l’ont fait les auteurs précédents, les deux textes mutilés face à face, suggérant une éventuelle correspondance entre les lignes. Il est préférable de les présenter l’un à la suite de l’autre.





Édition imitative


1er fragment
1 ​CINIS ​[---
2 ​ ​MART ​[---
3 ​ ​TECTVS ​ ​S ​[---


2ème fragment
1 ​S ​[---
2 ​---] ​ATVS ​
3 ​---] ​TVS ​ ​ER ​
4 ​---] ​DEI ​

1er fragment
1 ​INIS ​[---
2 ​ ​MART ​[---
3 ​ ​TETVS ​ ​S ​[---


2ème fragment
1 ​S ​[---
2 ​---] ​ATVS ​
3 ​---] ​TVS ​ ​ER ​
4 ​---] ​DEI ​

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1er fragment
1 ​INIS ​[---
2 ​ ​MART ​[---
3 ​ ​TETVS ​ ​S ​[---


2ème fragment
1 ​S ​[---
2 ​---] ​ATVS ​
3 ​---] ​TVS ​ ​ER ​
4 ​---] ​DEI ​

Légende

Rouge : caractères allographes.



1er fragment
1 ​INIS ​[---
2 ​ ​MART ​[---
3 ​ ​TETVS ​ ​S ​[---


2ème fragment
1 ​S ​[---
2 ​---] ​ATVS ​
3 ​---] ​TVS ​ ​ER ​
4 ​---] ​DEI ​

Légende

Bleu : mot abrégé.
Rouge : signe d'abréviation.



1er fragment
1 ​INIS ​[---
2 ​ ​MART ​[---
3 ​ ​TETVS ​ ​S ​[---


2ème fragment
1 ​S ​[---
2 ​---] ​ATVS ​
3 ​---] ​TVS ​ ​ER ​
4 ​---] ​DEI ​

Légende

Bleu : enclavement.
Orange : conjonction.
Rouge : entrelacement.



1er fragment
1 ​INIS[---
2 ​MART[---
3 ​TETVSS[---


2ème fragment
1 ​S[---
2 ​---]ATVS
3 ​---]TVSER
4 ​---]DEI

Légende

Représentation des espaces entre les lettres tels qu'ils sont dans l'inscription.
Rouge : signalement des figures qui s'interposent avec le texte.



Édition critique

Cinis [---] mart [---] tectus s [---]. S [---] atus [---] tus er [---] dei.

Traduction

[Le texte est bien trop mutilé pour proposer une quelconque restitution.]

Commentaire

Très tôt, la ligne 2 a été comprise, dans le contexte tourangeau, comme le début du nom Martinus, ce qui est possible sans toutefois exclure l’hypothèse du mot martyr ou martius (datation). Le mot tectus, à la ligne 3, a peu de chance d’être la fin d’architectus, comme le voulait Mgr C. Chevalier, rare sinon inexistant pour la période, et peut correspondre au mot latin traduit par « toit ». La ligne 3 du second fragment correspond probablement à la fin d’un nom, d’un adjectif ou d’un participe passé terminé par –tus, suivi éventuellement de erat. Quant à la dernière ligne (dei), il n’est pas sûr qu’elle désigne Dieu, car l’usage voudrait qu’on ait ici plutôt une abréviation, D(e)i. Il faut plutôt penser à une partie de mot, comme deinde, sans qu’on puisse préciser.

Le texte est trop réduit pour permettre une traduction et une véritable analyse littéraire ou linguistique. Le vocabulaire utilisé (notamment cinis ou tectus) suggère toutefois un texte en vers, même si toute restitution serait aléatoire.

Par sa qualité d’exécution et ses diverses caractéristiques formelles, cette inscription se distingue de toutes les autres connues à Tours, à cause de sa date et, peut-être, de la qualité du ou de la défunte inhumé(e) là. Malheureusement, on ne connaît presque rien de la topographie funéraire de Saint-Martin de Tours à cette période ni de l’identité des défunts qui y trouvèrent leur dernier repos. On peut, bien sûr, citer l’épouse de Charlemagne, Liutgarde, inhumée en cet endroit à la fin du VIIIe siècle. Ce fait a suffisamment fait naître de légendes pour ne pas relancer le débat autour du lieu de sa sépulture. Il n’en reste pas moins que la qualité de l’exécution de cette inscription de même que son originalité graphique et décorative non seulement par rapport au milieu tourangeau mais également par rapport à l’ensemble de la production contemporaine montre qu’on a sous les yeux les quelques vestiges informes de l’épitaphe d’un personnage de rang très éminent. La similitude à la fois paléographique et ornementale de cette inscription avec les manuscrits issus du scriptorium de Saint-Martin dirigé par Alcuin invite à la dater de l’extrême fin du VIIIe ou du tout début du IXe siècle.




[1] Notamment le Paris, BnF, ms. lat. 17227 (évangiles d’Adalbaldus) ; la comparaison avec le manuscrit de Tours, Bibliothèque municipale, ms. 10, ne peut-être qu’indicative, les A des tituli n’étant jamais barrés à l’oblique et les lettres étant nettement plus fleuries que sur l’inscription, rappelant en particulier l’écriture damasienne.
[2] Si la plate-tombe faisait à l’origine 180 x 70 cm, taille « standard » (voir les exemples nombreux à Bourges ou Angers, où l’épaisseur des dalles et la taille des lettres sont sensiblement les mêmes), nous n’aurions ici que 5 % de la surface inscrite, donc du texte…