​ Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'église  ​  ​  ​  ​


Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'église

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-Série II, nº5 ​  ​


Description générale

Inscription pour une porte. Composition littéraire à caractère épigraphique. 
Datation : inscription composée à la demande d'Aton, abbé de Saint-Hilaire à partir de 793-794 (comme l'ensemble des notices 4-25).

Bibliographie

Patrologie latine, 101748, n°n°80 ; Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 324 ; Lateinische Hymnendichter des Mittelalters, p. 157, n°n°112 ; Largeault, « Inscriptions métriques », 1884, p. 25-26 ; CIFM, 1, 1974, p. 37-38, n°32 ; Clavis Alcuin, 1999, n°ALC 61.99.7, p. 423.

Édition

Quam ​dilecta, ​deus, ​mihi ​sunt ​tua ​templa, ​sabaoth,
 ​virtutum ​dominus, ​rex ​meus ​atque ​Deus.
Te, ​pater ​alme, ​meum ​cor ​te ​caro ​quærit ​ubique
 ​tuque, ​Deus ​vivus, ​gaudia ​magna ​mihi.
Quique ​tuis ​tectis ​habitant ​sunt ​valde ​beati
 ​et ​resonant ​laudes ​hi ​tibi ​perpetuas.
Hic ​mihi, ​quæso, ​domum ​tribue, ​mitissime ​pastor,
 ​utque ​tuas ​laudes ​hic ​sine ​fine ​canam.

Traduction

Combien chers me sont tes temples, Dieu des armées,
Seigneur des Vertus, mon roi et mon Dieu.
Doux Père, mon cœur et ma chair te cherchent partout
Toi, Dieu vivant, qui es pour moi de grandes joies.
Ils sont grandement heureux ceux qui habitent en tes demeures
Et qui font sans cesse résonner tes louanges.
Accueille-moi ici en cette maison, très doux Pasteur
Afin qu'ici, je chante sans fin tes louanges.

Commentaire

Alcuin a ici utilisé le distique élégiaque pour cette "hymne" qui multiplie les références bibliques, plus ou moins explicites sous la forme versifiée. Le quam dilecta... tua templa renvoie au quam dilecta tabernacula tua du psaume 84 (83), 2. Le rex meus atque Deus peut évoquer le Dominus meus et Deus meus de Thomas reconnaissant le Christ ressuscité (Jean 20, 28). Il est dans la joie le cœur de ceux qui cherchent Dieu du psaume 105 (104), 3, est proche du troisième vers. Le Deus vivus du quatrième vers est partout dans l'Ancien et le Nouveau Testament, le gaudia magna peut être tiré d'Ovide, de Juvencus ou de Fortunat, comme rappele le gaudium magnum de la Nativité chez Matthieu 2, 10 ou Luc 2, 10. Le cinquième vers traduit directement le Beati qui habitant in domo tua, Domine, « Bienheureux ceux qui habitent en ta maison, Seigneur » du psaume 84 (83), 5. La fin de cette composition est plus personnelle, et si on peut rappeler le laudes canere de 2 Chroniques 20, 22, on voit plutôt qu'Alcuin reprend une formule qu'il a déjà employée dans ses vers pour l'église d'York -sa patrie- laudis sine fine canentum. Ce chant de louange pourrait s'appliquer à n'importe quelle église, mais il est, dans les manuscrits, inclus dans des textes manifestement composés pour l'église Saint-Hilaire.

Commentaire commun aux notices du CIFM Hors-Série II, 4-25 :

Alcuin est né en Northumbrie vers 735. Il a été le maître de l'école épiscopale d'York, puis s'est installé vers 782 à Aix-la-Chapelle à la demande de Charlemagne. Il y a dirigé l'école palatine et il fut un très proche conseiller du souverain. Nommé abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il s'installa à Tours en 801 et y resta jusqu'à sa mort en 804.

Les œuvres de cet écrivain prolifique ont été publiées par dom Froben Forster en 1777. Cette édition a été reprise par J.-P. Migne dans sa Patrologie latine, au tome CI, en 1863. On y trouve, col. 747-752, 28 inscriptions « pour un certain monastère, peut-être Nouaillé », en raison de la mention d'Aton, "fondateur" du monastère de Nouaillé en 793 d'après la note de la col. 747. En 1884 l'abbé Alfred Largeault a étudié ces inscriptions et a eu le mérite de repérer que la plupart d'entre elles concernaient l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Il n'a pas eu, à l'époque, connaissance de l'édition des œuvres poétiques d'Alcuin par Ernest Duemmler dans le tome I des Pœtæ latini ævi carolini, 1881, où l'on trouve sous le n°XCIX, p. 323-327, 22 inscriptions, que le titre courant donne « pour le monastère de Nouaillé ». Ce sont bien, en fait, des inscriptions pour Saint-Hilaire de Poitiers, composée par Alcuin, à la demande d'Aton, "parent" de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, abbé de Saint-Hilaire en 793-794, abbé et aussi évêque de Saintes en 799. Ce sont ces 22 inscriptions de l'édition de Duemmler qui seront ici étudiées.

Si aucune preuve matérielle n'établit que ces textes aient été effectivement gravés, ils sont composés dans une forme épigraphique, et ils apportent pour l'histoire de Saint-Hilaire de premiers et précieux témoignages sur des autels et des chapelles connus par les textes postérieurs. Alcuin a de même composé des séries d'inscriptions pour d'autres monastères, Saint-Vaast d'Arras, Saint-Amand-les-Eaux, Salzbourg, qui ont beaucoup de points communs avec celles de Saint-Hilaire[1]. Il faut, semble-t-il écarter le monastère de Nouaillé pour ces compositions métriques d'Alcuin, car la celle n'en est qu'à ses débuts, et est dirigée par le prêtre Hermembert, même si il y a eu au départ des liens avec la communauté hilarienne.

Pour les bibliographies, éditions, traductions des œuvres d'Alcuin, il faut se référer au volume consacré à Alcuin dans la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi[2].




[1] Voir sur Alcuin et l'épigraphie l'article de CécileTreffort, « La place d'Alcuin dans la rédaction épigraphique carolingienne », 2004.
[2] Jullien, Perelman, Clavis Alcuin, 1999.