​ Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel Saint-Philibert-et-Sainte-Agathe  ​  ​  ​  ​


Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel Saint-Philibert-et-Sainte-Agathe

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-Série II, nº7 ​  ​


Description générale

Inscription pour un autel. Composition littéraire à caractère épigraphique. 
Datation : inscription composée à la demande d'Aton, abbé de Saint-Hilaire à partir de 793-794 (comme l'ensemble des notices 4-25).

Bibliographie

Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 323, n°3 ; Largeault, « Inscriptions métriques », 1884, p. 23-24 ; CIFM, 1, 1974, p. 40-41, n°35 ; Clavis Alcuin, 1999, n°ALC 61.99.3, p. 421-422 (peut-être d'Alcuin).

Édition

Hanc ​pater ​egregius ​aram ​filibertus ​habebit,
 ​plurima ​construxit ​qui ​loca ​sancta ​Deo.
Huic ​quoque ​conjuncta ​est ​clarissima ​martyr ​agatha,
 ​venerat ​in ​thalamum ​sanguine ​virgo ​poli.

Traduction

L'éminent abbé Philibert aura cet autel,
Lui qui a construit pour Dieu de très nombreux saints lieux.
Lui est jointe la très illustre martyre Agathe,
Vierge, elle était parvenue, par l'effusion de son sang, à la couche nuptiale du ciel.

Commentaire

L'inscription est composée de deux distiques élégiaques. Alcuin a peut-être emprunté à Fortunat le pater egregius qu'il cite à de nombreuses reprises dans ses vers. Les loca sancta sont ici des monastères ; Alcuin là aussi reprend huit fois l'expression dans ses compositions, et Angilbert puis Raban Maur le feront à leur tour (loca sancta Deo pour ce dernier).

Philibert est un saint qui a des attaches poitevines, puisqu'il a fondé le monastère de Noirmoutier, alors du diocèse de Poitiers, et y est mort vers 684. Il a aussi fondé les monastères de Jumièges, Pavilly et Montvilliers en Normandie, Saint-Benoît-de-Quinçay, Saint-Michel-en-l'Herm en Poitou. La conjonction d'un confesseur du VIIe siècle et d'une martyre du IIIe siècle - Agathe figure au canon de la messe - est curieuse, mais traduit probablement l'existence des reliques déposées dans cet autel. La référence à la couche nuptiale du ciel s'explique par le fait qu'Agathe a été mise à mort sous Dèce, vers 251, pour sa foi mais aussi pour avoir refusé d'épouser Quintien, préfet de Sicile.

L'inscription d'Alcuin témoigne du culte de saint Philibert à Saint-Hilaire dès l'époque carolingienne. Les peintures murales romanes de l'absidiole nord-est de Saint-Hilaire sont consacrées à la vie de saint Philibert ; leur identification a été possible grâce aux inscriptions d'Alcuin[1].

Commentaire commun aux notices du CIFM Hors-Série II, 4-25 :

Alcuin est né en Northumbrie vers 735. Il a été le maître de l'école épiscopale d'York, puis s'est installé vers 782 à Aix-la-Chapelle à la demande de Charlemagne. Il y a dirigé l'école palatine et il fut un très proche conseiller du souverain. Nommé abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il s'installa à Tours en 801 et y resta jusqu'à sa mort en 804.

Les œuvres de cet écrivain prolifique ont été publiées par dom Froben Forster en 1777. Cette édition a été reprise par J.-P. Migne dans sa Patrologie latine, au tome CI, en 1863. On y trouve, col. 747-752, 28 inscriptions « pour un certain monastère, peut-être Nouaillé », en raison de la mention d'Aton, "fondateur" du monastère de Nouaillé en 793 d'après la note de la col. 747. En 1884 l'abbé Alfred Largeault a étudié ces inscriptions et a eu le mérite de repérer que la plupart d'entre elles concernaient l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Il n'a pas eu, à l'époque, connaissance de l'édition des œuvres poétiques d'Alcuin par Ernest Duemmler dans le tome I des Pœtæ latini ævi carolini, 1881, où l'on trouve sous le n°XCIX, p. 323-327, 22 inscriptions, que le titre courant donne « pour le monastère de Nouaillé ». Ce sont bien, en fait, des inscriptions pour Saint-Hilaire de Poitiers, composée par Alcuin, à la demande d'Aton, "parent" de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, abbé de Saint-Hilaire en 793-794, abbé et aussi évêque de Saintes en 799. Ce sont ces 22 inscriptions de l'édition de Duemmler qui seront ici étudiées.

Si aucune preuve matérielle n'établit que ces textes aient été effectivement gravés, ils sont composés dans une forme épigraphique, et ils apportent pour l'histoire de Saint-Hilaire de premiers et précieux témoignages sur des autels et des chapelles connus par les textes postérieurs. Alcuin a de même composé des séries d'inscriptions pour d'autres monastères, Saint-Vaast d'Arras, Saint-Amand-les-Eaux, Salzbourg, qui ont beaucoup de points communs avec celles de Saint-Hilaire[2]. Il faut, semble-t-il écarter le monastère de Nouaillé pour ces compositions métriques d'Alcuin, car la celle n'en est qu'à ses débuts, et est dirigée par le prêtre Hermembert, même si il y a eu au départ des liens avec la communauté hilarienne.

Pour les bibliographies, éditions, traductions des œuvres d'Alcuin, il faut se référer au volume consacré à Alcuin dans la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi[3].




[1] Voir la notice n°62 du CIFM Hors-Série II.
[2] Voir sur Alcuin et l'épigraphie l'article de CécileTreffort, « La place d'Alcuin dans la rédaction épigraphique carolingienne », 2004.
[3] Jullien, Perelman, Clavis Alcuin, 1999.