​ Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel Saint-Sulpice-et-Sainte-Colombe  ​  ​  ​  ​


Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel Saint-Sulpice-et-Sainte-Colombe

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-Série II, nº8 ​  ​


Description générale

Inscription pour un autel. Composition littéraire à caractère épigraphique. 
Datation : inscription composée à la demande d'Aton, abbé de Saint-Hilaire à partir de 793-794 (comme l'ensemble des notices 4-25).

Bibliographie

Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 324, n°n°V ; Largeault, « Inscriptions métriques », 1884, p. 22-23 ; CIFM, 1, 1974, p. 44-45, n°42 ; Clavis Alcuin, 1999, n°ALC 61.99.5, p. 422.

Édition

Sulpitius ​præsul,  ​pastor,  ​patriarcha ​fidelis,
 ​auxilium ​nobis ​hic ​ferat ​iste ​pium.
Inclyta ​martyrio ​pariter ​hic ​virgo ​columba,
 ​defendat ​precibus ​tecta ​sacrata ​Deo.

Traduction

Que l'évêque Sulpice, pasteur, patriarche fidèle,
Nous procure ici un pieux secours.
Que de même ici la vierge Colombe, illustre par son martyre,
Défende par ses prières les demeures consacrées à Dieu.

Commentaire

L'inscription est composée de deux distiques élégiaques. Alcuin ne cherche pas l'originalité. Dans ses œuvres on trouve un autre tecta sacrata, et dans d'autres inscriptions composées pour Saint-Hilaire on a nobis auxilium ferat, adferat auxilium nobis.

Deux évêques de Bourges portent le nom de Sulpice. C'est le second, Sulpice le Pieux (622-644) qui a le culte le plus répandu ; plusieurs églises du Poitou étaient placées sous son patronage. Colombe est la vierge martyre de Sens du IIIe siècle, dont le culte, déjà notoire au temps d'Alcuin, ne fit que croître jusqu'au XIIe siècle où un grand nombre d'églises lui furent consacrées dans différents diocèses.

Aucun autre document n'atteste l'existence de cet autel.

Commentaire commun aux notices du CIFM Hors-Série II, 4-25 :

Alcuin est né en Northumbrie vers 735. Il a été le maître de l'école épiscopale d'York, puis s'est installé vers 782 à Aix-la-Chapelle à la demande de Charlemagne. Il y a dirigé l'école palatine et il fut un très proche conseiller du souverain. Nommé abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il s'installa à Tours en 801 et y resta jusqu'à sa mort en 804.

Les œuvres de cet écrivain prolifique ont été publiées par dom Froben Forster en 1777. Cette édition a été reprise par J.-P. Migne dans sa Patrologie latine, au tome CI, en 1863. On y trouve, col. 747-752, 28 inscriptions « pour un certain monastère, peut-être Nouaillé », en raison de la mention d'Aton, "fondateur" du monastère de Nouaillé en 793 d'après la note de la col. 747. En 1884 l'abbé Alfred Largeault a étudié ces inscriptions et a eu le mérite de repérer que la plupart d'entre elles concernaient l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Il n'a pas eu, à l'époque, connaissance de l'édition des œuvres poétiques d'Alcuin par Ernest Duemmler dans le tome I des Pœtæ latini ævi carolini, 1881, où l'on trouve sous le n°XCIX, p. 323-327, 22 inscriptions, que le titre courant donne « pour le monastère de Nouaillé ». Ce sont bien, en fait, des inscriptions pour Saint-Hilaire de Poitiers, composée par Alcuin, à la demande d'Aton, "parent" de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, abbé de Saint-Hilaire en 793-794, abbé et aussi évêque de Saintes en 799. Ce sont ces 22 inscriptions de l'édition de Duemmler qui seront ici étudiées.

Si aucune preuve matérielle n'établit que ces textes aient été effectivement gravés, ils sont composés dans une forme épigraphique, et ils apportent pour l'histoire de Saint-Hilaire de premiers et précieux témoignages sur des autels et des chapelles connus par les textes postérieurs. Alcuin a de même composé des séries d'inscriptions pour d'autres monastères, Saint-Vaast d'Arras, Saint-Amand-les-Eaux, Salzbourg, qui ont beaucoup de points communs avec celles de Saint-Hilaire[1]. Il faut, semble-t-il écarter le monastère de Nouaillé pour ces compositions métriques d'Alcuin, car la celle n'en est qu'à ses débuts, et est dirigée par le prêtre Hermembert, même si il y a eu au départ des liens avec la communauté hilarienne.

Pour les bibliographies, éditions, traductions des œuvres d'Alcuin, il faut se référer au volume consacré à Alcuin dans la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi[2].




[1] Voir sur Alcuin et l'épigraphie l'article de CécileTreffort, « La place d'Alcuin dans la rédaction épigraphique carolingienne », 2004.
[2] Jullien, Perelman, Clavis Alcuin, 1999.