​ Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel des Saints-Gervais-et-Protais  ​  ​


Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel des Saints-Gervais-et-Protais

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-Série II, nº10 ​  ​


Description générale

Inscription pour un autel. Composition littéraire à caractère épigraphique. 
 ​ Datation : inscription composée à la demande d'Aton, abbé de Saint-Hilaire à partir de 793-794 (comme l'ensemble des notices 4-25).

Bibliographie

Patrologie latine, 101750, n°93 ; Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 326 n°XIV ; Largeault, « Inscriptions métriques », 1884, p. 55 ; CIFM, 1, 1974, p. 41-42 n°37 ; Clavis Alcuin, 1999, n°ALC 61.99.14, p. 425.

Édition

Gervasius martyr simul atque protasius almus,
hac duo germani pariter venerantur in ara,
quos tulit una dies terris simul unaque cælo
martyrio similes, similes fervore fidei.

Traduction

Gervais martyr en même temps que le doux Protais,
ces deux frères sont vénérés également dans cet autel,
eux qu'un même jour donna à la terre et un même jour porta au ciel,
semblables par le martyre, semblables par la ferveur de leur foi.

Commentaire

L'inscription est en hexamètres. On trouve chez Ovide un abstulit una dies, qui devient heu tulit una dies dans l'épitaphe de Leontius II par Fortunat. L'épitaphe de Constantin à Saint-Hilaire reprendra cet una dies. Alcuin a aussi composé une inscription pour un autel de Saint-Vaast consacré à Côme et Damien, avec un vers proche de celui de Saint-Hilaire : Hac duo germani Cosmas et Damianus in ara, un vers qu'il a encore employé tel quel pour un autel de Saint-Pierre de Salzbourg[1].

La fortune de ces deux saints vient de la découverte de leurs corps par l'évêque de Milan, saint Ambroise, en 386. Le fait d'avoir trouvé les deux corps dans le même tombeau les a fait considérer comme jumeaux. Ils sont célébrés le 19 juin date de l'invention de leur tombeau.

Une chapelle des Saints-Gervais-et-Protais est mentionnée à Saint-Hilaire en 1595[2]. Une douzaine de paroisses de l'actuel diocèse de Poitiers sont placées sous le patronage de Gervais et Protais.


Commentaire commun aux notices du CIFM Hors-Série II, 4-25 :

Alcuin est né en Northumbrie vers 735. Il a été le maître de l'école épiscopale d'York, puis s'est installé vers 782 à Aix-la-Chapelle à la demande de Charlemagne. Il y a dirigé l'école palatine et il fut un très proche conseiller du souverain. Nommé abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il s'installa à Tours en 801 et y resta jusqu'à sa mort en 804.


Les œuvres de cet écrivain prolifique ont été publiées par dom Froben Forster en 1777. Cette édition a été reprise par J.-P. Migne dans sa Patrologie latine, au tome CI, en 1863. On y trouve, col. 747-752, 28 inscriptions « pour un certain monastère, peut-être Nouaillé », en raison de la mention d'Aton, "fondateur" du monastère de Nouaillé en 793 d'après la note de la col. 747. En 1884 l'abbé Alfred Largeault a étudié ces inscriptions et a eu le mérite de repérer que la plupart d'entre elles concernaient l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Il n'a pas eu, à l'époque, connaissance de l'édition des œuvres poétiques d'Alcuin par Ernest Duemmler dans le tome I des Pœtæ latini ævi carolini, 1881, où l'on trouve sous le n°XCIX, p. 323-327, 22 inscriptions, que le titre courant donne « pour le monastère de Nouaillé ». Ce sont bien, en fait, des inscriptions pour Saint-Hilaire de Poitiers, composée par Alcuin, à la demande d'Aton, "parent" de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, abbé de Saint-Hilaire en 793-794, abbé et aussi évêque de Saintes en 799. Ce sont ces 22 inscriptions de l'édition de Duemmler qui seront ici étudiées.


Si aucune preuve matérielle n'établit que ces textes aient été effectivement gravés, ils sont composés dans une forme épigraphique, et ils apportent pour l'histoire de Saint-Hilaire de premiers et précieux témoignages sur des autels et des chapelles connus par les textes postérieurs. Alcuin a de même composé des séries d'inscriptions pour d'autres monastères, Saint-Vaast d'Arras, Saint-Amand-les-Eaux, Salzbourg, qui ont beaucoup de points communs avec celles de Saint-Hilaire[3]. Il faut, semble-t-il écarter le monastère de Nouaillé pour ces compositions métriques d'Alcuin, car la celle n'en est qu'à ses débuts, et est dirigée par le prêtre Hermembert, même si il y a eu au départ des liens avec la communauté hilarienne.


Pour les bibliographies, éditions, traductions des œuvres d'Alcuin, il faut se référer au volume consacré à Alcuin dans la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi[4].




[1] Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 310 et 338.
[2] A. de Longuemar, Essai historique, 1856, p. 371.
[3] Voir sur Alcuin et l'épigraphie l'article de Cécile ​Treffort, « La place d'Alcuin dans la rédaction épigraphique carolingienne », 2004.
[4] Jullien, Perelman, Clavis Alcuin, 1999.