​ Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel des vierges martyres  ​  ​  ​  ​


Poitiers, église Saint-Hilaire ​- ​Inscription pour l'autel des vierges martyres

Corpus des Inscriptions de la France Médiévale, vol. Hors-Série II, nº13 ​  ​


Description générale

Inscription pour un autel. Composition littéraire à caractère épigraphique. 
Datation : inscription composée à la demande d'Aton, abbé de Saint-Hilaire à partir de 793-794 (comme l'ensemble des notices 4-25).

Bibliographie

Pœtæ latini ævi carolini, I, p. 324, n°n°VI ; Largeault, « Inscriptions métriques », 1884, p. 23-24 ; CIFM, 1, 1974, p. 40-41, n°35 ; Clavis Alcuin, 1999, n°ALC 61.99.6, p. 422-423.

Édition

Virginibus sacris hoc est altare dicatum,
Corpora nam quarum templa fuere Dei.
Sanguine vel roseo cæli quæ regna tenebunt.
In fragili sexu fortia bella gerunt.

Traduction

Cet autel a été dédié aux vierges saintes,
car leurs corps furent les temples de Dieu.
Par leur sang vermeil elles obtiendront le royaume céleste.
En dépit de la faiblesse de leur sexe, elles livrent de forts combats.

Commentaire

Distiques élégiaques. Alcuin a composé quatre autres vers pour un autel dédié aux vierges martyres, commençant par : Virginibus sacris præ hæc re dicata est[1]. Il a déjà employé l'expression sanguine roseo pour l'autel des Saints Quentin-et-Denis à Saint-Hilaire.

Aucun autre document ne mentionne cet autel à Saint-Hilaire.

Commentaire commun aux notices du CIFM Hors-Série II, 4-25 :

Alcuin est né en Northumbrie vers 735. Il a été le maître de l'école épiscopale d'York, puis s'est installé vers 782 à Aix-la-Chapelle à la demande de Charlemagne. Il y a dirigé l'école palatine et il fut un très proche conseiller du souverain. Nommé abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il s'installa à Tours en 801 et y resta jusqu'à sa mort en 804.

Les œuvres de cet écrivain prolifique ont été publiées par dom Froben Forster en 1777. Cette édition a été reprise par J.-P. Migne dans sa Patrologie latine, au tome CI, en 1863. On y trouve, col. 747-752, 28 inscriptions « pour un certain monastère, peut-être Nouaillé », en raison de la mention d'Aton, "fondateur" du monastère de Nouaillé en 793 d'après la note de la col. 747. En 1884 l'abbé Alfred Largeault a étudié ces inscriptions et a eu le mérite de repérer que la plupart d'entre elles concernaient l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Il n'a pas eu, à l'époque, connaissance de l'édition des œuvres poétiques d'Alcuin par Ernest Duemmler dans le tome I des Pœtæ latini ævi carolini, 1881, où l'on trouve sous le n°XCIX, p. 323-327, 22 inscriptions, que le titre courant donne « pour le monastère de Nouaillé ». Ce sont bien, en fait, des inscriptions pour Saint-Hilaire de Poitiers, composée par Alcuin, à la demande d'Aton, "parent" de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, abbé de Saint-Hilaire en 793-794, abbé et aussi évêque de Saintes en 799. Ce sont ces 22 inscriptions de l'édition de Duemmler qui seront ici étudiées.

Si aucune preuve matérielle n'établit que ces textes aient été effectivement gravés, ils sont composés dans une forme épigraphique, et ils apportent pour l'histoire de Saint-Hilaire de premiers et précieux témoignages sur des autels et des chapelles connus par les textes postérieurs. Alcuin a de même composé des séries d'inscriptions pour d'autres monastères, Saint-Vaast d'Arras, Saint-Amand-les-Eaux, Salzbourg, qui ont beaucoup de points communs avec celles de Saint-Hilaire[2]. Il faut, semble-t-il écarter le monastère de Nouaillé pour ces compositions métriques d'Alcuin, car la celle n'en est qu'à ses débuts, et est dirigée par le prêtre Hermembert, même si il y a eu au départ des liens avec la communauté hilarienne.

Pour les bibliographies, éditions, traductions des œuvres d'Alcuin, il faut se référer au volume consacré à Alcuin dans la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi[3].




[1] Pœtæ latini ævi carolini, I, 1881, p. 342. On trouve aussi virginibus sacris dans une inscription d'autel à Saint-Amand par Alcuin (Pœtæ latini ævi carolini, I, 1881, p. 305).
[2] Voir sur Alcuin et l'épigraphie l'article de CécileTreffort, « La place d'Alcuin dans la rédaction épigraphique carolingienne », 2004.
[3] Jullien, Perelman, Clavis Alcuin, 1999.